• Mathieu Blanchard

Gaspésie, le bout de la terre. Acticle publié dans SUBAQUA #281

Mis à jour : 3 janv. 2019



Le nom de Gaspésie est issu du terme « Gespeg » d’origine Micmac, l’une des premières nations, signifiant « le bout de la terre ». Cette péninsule baigne dans le golfe du Saint-Laurent, à l’extrémité Est du Québec. Elle fut peuplée, il y a des millénaires, par des communautés nomades attirées par un climat tempéré, l’abondance du gibier et la générosité de la mer.


Un reportage publié dans SUBAQUA #281 : LIEN


Prêt pour le saut dans le bleu...

Tour complet de Gaspésie, nous entamons ce long périple en choisissant l’itinéraire 100% bord de mer. Très vite, nous sommes presque pris de vertige en dévalant les reliefs vallonnés de cette route, surplombant successivement falaises abruptes, prairies verdoyantes et baies sauvages. Sous un grand soleil, cette région nous dévoile ses petits villages de pêcheurs, et ses maisons de bois nuancées de toutes les couleurs entre lesquelles des cordes tirées sèchent le linge dans le bleu du vent. En suivant les lignes de l’horizon défilant à perte de vue, nous admirons un panorama façonné avec le souffle du grand large, déployé à l’infini entre ciel, montagne et océan. Une petite pause-café nous apprend que l’esprit des habitants s’est forgé une identité dans l’amour d’une nature démesurée.

Baie-des-Sables, Capucins, Les Méchins, Cap-Chat, Cap-au-Renard, L’anse-Pleureuse, Manche-d’Epée, Pointe-à-la-Frégate, Cloridorme, L’anse-au-Griffon, Cap-des-Rosiers… nous traversons des dizaines de villages au noms plus originaux les uns que les autres.

Sous ses airs de bout du monde, notre circuit atteindra l’ultime prolongement des Appalaches : Cap Gaspé. Nous sommes ici dans le parc national de Forillon, l’extrémité orientale de la Gaspésie, où de curieux porc-épics nous accueillent. Les ours noirs ne sont pas loin, de même que les imposants orignaux.


Porc-Epic, le roi du parc de Forillon

Coin-du-Banc, un dernier virage, il surgit devant nous. Une apparition monumentale et massive, un objet inébranlable sculpté de la forme d’un grand orgue, cette merveille du monde semble émerger de la nuit des temps. On peut facilement deviner que le nom de cette ville, Percé, a pour origine ce fameux rocher. C’est dans les échos de ce pays marin que débutera notre aventure subaquatique.


Le grand Orgue : Percé

Comme souvent dans nos navigations en mers nordiques, quel beau spectacle que de partager quelques vagues avec marsouins et rorquals, on ne s’en lasse pas.

Toutes nos immersions se feront autour du parc national de l’ile Bonaventure, où s’y déploie un tumultueux nuage de Fous de Bassan frôlant constamment la paroi rocheuse de leur aile. Les cousins Guillemots, drôles de petits pingouins pas plus hauts que trois pommes, virevoltent par milliers dans l’air salin, puis se rangent dans les fissures horizontales tels des livres dans une bibliothèque.


Une bibliothèque de pingouins

Nous n’avons pas encore traversé cette frontière entre air et eau que quelques joyeux pinnipèdes nous font signes de leurs mains palmées. C’est avec grande quiétude que ces phoques ont élu domicile dans une "échouerie" où ils sont pleinement protégés. Les plongeurs, quant à eux, auront la chance d’explorer une vingtaine de sites disséminés autour de l'île, choisis en fonction de l’humeur de la mer.


La danse majestueuse de mon nouvel ami

Briefing en français de notre hôte Steven Melanson du club Nautique de Percé, teinté d’un accent enjoué typiquement local, une bascule arrière et la surface verdâtre de 12°C vient d’être transpercée par notre scaphandre autonome.


Une cage à homard accueil notre matériel de plongée

Enveloppés de nos combinaisons humides de 7mm doublées d’une sur-veste de même épaisseur, la température est finalement très supportable, après 1h d’immersion le froid ne nous aura pas incommodés. La bonne visibilité nous surprend, il est possible de voir le fond environ 12m sous palmes. La plupart de nos bulles sur ces sites se consomment sur une hauteur d’eau variant entre 6 et 20m, profondeurs où la vie abonde.


Nous avons le bonheur d’évoluer au milieu d'une flore et d'une faune excessivement riche et diversifiée : méduses crinière de lion, anémones plumeuses, étoiles de mer, éponges, soleils de mer, crabes, homards… Amusante perspective d’imaginer un oiseau voler sous l’eau ? Il est possible de se retrouver nez à bec avec un individu à plumes, venu chasser nos bulles confondues avec ses collations coutumières.


Soleil de mer, qui a dit que les eaux froides sont sans couleurs?

Crabe

Anémone

Crustacé emblématique de Gaspésie, monsieur Homard est grand chef ici. Puisque il est interdit de le pécher dans le proche contour de l’île, il s’y reproduit abondamment. Ils sont partout, se baladant allègrement et avec fierté sur le fond de sable, notre présence ne semble absolument pas les déranger dans leur besogne quotidienne. Attention toutefois à leur tempérament belliqueux et à la puissance de leurs pinces…


Mr Homard

Enfin, la star des lieux nous rendra visite à chaque plongée, en guise de bonjour les phoques mâchouillent nos palmes comme de gros toutous sur une balle. Une profusion de robes délicatement ombragées, des petits, des grands….et même des très gros. Au premier contact, ces animaux peuvent être très timides, ils n’apprécient pas d’être fixés yeux dans les yeux, comportement qu’il faudra éviter en vue d’instaurer une forte interaction. Une fois le lien créé, le chien marin devient très joueur, pirouette, tête-à-queue, volte-face, jusqu’à venir prudemment goûter à notre néoprène. Une légère caresse dans les moustaches et l’entrain de notre compagnon sera apaisé.

L’aiguille de notre manomètre s’approche du rouge, il est temps de te dire au revoir à notre nouvel acolyte de palanquée.


Une sirène s'approche

Tes moustaches sont bien trop mignonnes petit chien de mer

Retour sur le bateau, le spectacle ne s’arrête donc jamais, les volatiles s’élancent maintenant à la pêche, en plongeant depuis leur inaccessible perchoir. Attention tout de même à votre trajectoire de vol, le brouillard, très dense, peut s’installer comme par magie, sans avoir eu le temps de dire cui-cui.


Infos :

  • Le tour de Gaspésie se fait très facilement en auto (4 ou 5 jours), ou même à vélo pour les plus sportifs.

  • Aéroport les plus proches : Montréal et Québec.

  • Centre de plongée visité : Club Nautique de Percé. Rares sont les structures de plongées en Gaspésie, éparpillés discrètement sur la péninsule.

  • Période : uniquement de Juin à septembre. Neige, glace, brouillard et météo capricieuse occuperont le reste de l’année.


Méduse crinière de lion

Méduse crinière de lion

Un plongeur prêt pour l'immersion

Un levé de soleil sur le grand rocher

Copyright © 2020 Mathieu Blanchard

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