• Mathieu Blanchard

Islande. De feu et de glace. Un reportage publié dans SUBAQUA #269

Mis à jour : 7 janv. 2019


Telle une pierre précieuse sertie sur l’anneau polaire (66° parallèle arctique nord), l’Islande étale ses formes insolites en une palette de couleurs empruntées au

basalte, à la rhyolite et à la dacite. Largement connue sous le nom de « terre de feu et de glace », cette île abrite à la fois le plus grand glacier d’Europe et quelques uns des volcans les plus actifs au monde. Sous la lumière intrigante d’un soleil de minuit en été, compensée par l’éternelle obscurité d’hiver, c’est un pays aux contrastes extrêmes. Véritable terre d’aventures, les paysages grandioses sur terre comme sous l’eau sont une source d’inspiration qui laisse des souvenirs inoubliables…


Un reportage publié dans SUBAQUA #269 : LIEN



A quelques lieux du petit port de pêche nommé Hjalteyri

Un proverbe islandais dit « Si tu n’aimes pas le temps, attends un quart d’heure… ». Le dicton s’applique parfaitement à la variabilité du climat islandais, et atteste encore une fois d’un contraste très prononcé !


Le volcan Kerið se repose sur son tapis de cendres rouges et noires couvert d’un confortable lichen.

Forgée dans des éruptions il y a 18 millions d'années, l'Islande est la plus jeune terre d’Europe. Elle se situe à la jonction entre les plaques continentales Eurasiennes et d’Amérique du Nord, sur la dorsale médio-atlantique nord. Sa superficie de 103 000 km², est composée par environ 12 % de glaciers, 40 % de sable, 25 % de champs de lave, 20 % de pâturages, 3 % de lacs et 1 % seulement de terres cultivées.

Depuis les champs de mousse de lichen recouvrant la lave dans le sud-ouest, à travers les hautes terres arides ou glacées dans le centre, en passant par les immenses espaces verdoyants et jusqu’aux fjords vertigineux dans le nord-ouest, un « roadtrip » autour de l'Islande affiche une grande diversité de décors. Variant à chaque virage et à chaque changement de saison, ce somptueux spectacle est accompagné de sa propre ambiance.


Les orgues ou les colonnes basaltiques sont une formation géologique composée de colonnes régulières.

D’innombrables majestueuses cascades, toutes très différentes les unes des autres, percent les montagnes.

Façonné par les forces rigoureuses de la nature, l'environnement naturel de l'Islande a engendré une nation résiliente qui a appris à vivre dans des conditions rudes, et à exploiter les ressources naturelles pour sa propre pérennité. Elle produit notamment son énergie 100% renouvelable (Hydro-barrages et géothermie), transforme le minerai d’aluminium et exploite les ressources marines.


La pierre angulaire de la culture islandaise est sa langue, d’origines scandinaves. Celle-ci a donné naissance à une tradition littéraire remontant aux anciennes sagas vikings : contes violents de traditions, de vendettas, et de conquêtes.

Fière d’une scène musicale prospère, d’une industrie cinématographique en plein essor et d’une communauté d’auteurs publiant le plus de livres par habitant au monde, l’Islande moderne possède aussi une forte communauté artistique.


Un virage, un volcan, un virage, une cascade, un virage, un rêve

PLONGÉES

Mouiller ses palmes en Islande est une expérience inoubliable. Ce pays possède en effet des sites de plongée uniques au monde qui vont vous émerveiller et vous couper le souffle (le comble pour un plongeur). La scène subaquatique est composée d’un mélange passionnant de cheminées géothermiques, de failles créées par la dorsale médio-atlantique et d’une vie marine abondante. Ses eaux cristallines vous donneront le vertige et ses sources d’eau chaude sous-marine viendront réchauffer les mains les plus frileuses.

Journal de bord, 7h du matin, Reykjavík, Adrien notre guide francophone de l’organisation Dive.is nous attend, grand sourire aux lèvres, devant l’hôtel. Nous prenons la direction du magnifique parc national de Þingvellir (inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO), un lieu naturel et sauvage où le premier parlement d’Europe, Alþingi, fut fondé en l’an 930. Ici, les forces naturelles sont au travail: une terre parsemée de fissures, de volcans, de geysers et de coulées de lave nous offrent des panoramas époustouflants.

Nous longeons cette fameuse faille médio-atlantique séparant la plaque Eurasienne de la plaque Américaine. Cette fracture se lève principalement au-dessus du niveau de la mer. Elle a aussi la particularité d’être immergée par endroit, notamment dans le lac de Thingvallavatn que nous atteignons après 50min de route.

Notre guide nous annonce les paramètres de plongées. Le départ se fera du bord, la température de l’eau varie entre 2 et 4°C, la profondeur max sera de 20m et le temps de plongées sera de 45min.

L’aventure peut commencer !


L'aventure subaquatique peut commencer...

Silfra

Dans la faille de Silfra, nous sommes plongés dans une fissure séparant les continents Américains et Eurasiens. Étriqués par endroit, nous pouvons toucher du bout des doigts ces deux continents, grandiose ! Ce lieu a été classé dans le top 3 des meilleurs sites de plongée au monde par de nombreux magazines spécialisés.

Nous sommes très vite surpris par l’extrême clarté de l’eau, avec une visibilité de plus de 300m. Certains disent que c’est l’endroit où l’eau est la plus claire au monde! Les géologues estiment que l’eau du glacier se trouve filtrée par la lave durant 30 à 100 ans selon les endroits, ce qui explique la transparence exceptionnelle de cette eau.


Une clarté d'eau exceptionnelle, à en avoir le vertige!

Bleus, verts, jaunes, ocres, les nuances de couleurs sont frappantes de par leurs fluorescences. Ce milieu est essentiellement minéral, colorés par quelques micro-organismes. Il est rare de rencontrer des animaux, même si certaines espèces ont été répertoriées, comme l’omble arctique et la truite géante, restés prisonniers là lors de la dernière glaciation.


Nous sommes maintenant prisonniers de la beauté de cette faille, comme l’omble arctique

Après cette première plongée, une pause d'une heure est bien appréciée. Le temps de reprendre nos émotions, nous dégustons un bon chocolat chaud et quelques cookies.


Nous effectuons la deuxième plongée dans la faille de Davíðsgjá. Contrairement à la faille de Silfra, elle a la particularité d’être totalement immergée. Nous devons nager une centaine de mettre en surface, pour ensuite descendre et enfin l’atteindre. Très similaire à la première, nous apprécions le fait que nous sommes absolument seuls sur site, puisque son accès est beaucoup plus difficile pour des plongeurs débutants.


Exploration dans les moindres recoins de ce dédale de roches

Cette clarté nous donne l'impression de voler

Le mur de droite l'Amérique, le mur de gauche l'Europe

Kleifarvatn

A 30 min de Reykiavik se trouve aussi un site de plongé très particulier, dans le lac de Kleifarvatn. On y trouve des sources chaudes où la roche se met à vibrer sous la pression, laissant un ballet de bulles s’échapper de quelques fissures. Un site où l’expression ‘’ il faut le voir pour le croire’’ prend tout son sens.


Hjalteyri

Dans le nord de l’Islande, nous atteignons le petit port de pêche nommé Hjalteyri, anciennement connu pour avoir la plus grande usine de transformation de maquereau non loin de la deuxième plus grande ville d’Islande : Akureyri.

Nous sommes dans le fjord d’Eyjafjörður, entourés de montagnes encore enneigées au mois de Juin. Ses quelques cabanes de pécheurs, ses maisons sorties d’une autre époque et son club de plongée encastré dans l’ancienne usine abandonnée donne à ce lieu un charme envoûtant. Erlendur Bogason, chef du club, sera notre guide.


Strytan

Nous apprenons en visitant son petit musée qu’il a exploré pratiquement toutes les eaux islandaises, et à découvert le célèbre site de Strytan.

Erlendur nous informe qu’il acceptera d’emmener avec lui uniquement des plongeurs avancés, respectueux et ayant un très bon contrôle de leur flottabilité afin de ne pas venir en contact avec l’extrême fragilité des cheminées. Elles sont pour lui « de véritables bijoux et un patrimoine à préserver ». Ils doivent enfin être en bonne forme physique car les courants peuvent être forts.


Représentation des cheminées sous-marines de Strytan

Strytan est définitivement une plongée unique au monde. Localisée au milieu du fjord nous l’atteignons en bateau. A une profondeur d'environ 70 mètres, une source géothermique libère de l'eau chaude dans l'océan depuis plus de 1100 ans, de manière similaire à certaines sources géothermiques que l’on retrouve à plus de 3000m de profondeur. Les minéraux dissous dans l'eau douce coagulent dès qu'ils entrent en contact avec l'eau froide de l'océan. Ce processus a créé une grande cheminée de calcaire de 55 mètres qui remonte jusqu'à 15 mètres sous la surface. Le site est devenu une réserve naturelle protégée depuis 2001. Ici, les plongeurs peuvent explorer la flore et la faune du cercle polaire qui s’est installée au fil du temps aux abords de cet environnement très particulier. En dehors de toutes petites espèces qui se pressent et cohabitent sur le foyer, les plongeurs peuvent aussi admirer des bancs de morues tournoyant autour de la cheminée. Ce site est probablement la zone la plus dense en termes de variété et de densité de vie marine arctique.


Eau troublée par les dégagements d'eau chaude de ce micro volcan sous-marin

L’immersion de l’après-midi se fait sur une autre zone géothermique nommée Arnarnesstrytur, où nous rencontrons des morues et poisons loup très amicaux, qui n’hésitent pas à venir nous demander une petite caresse.


Une morue en manque d'affection

Loup, grand friand de coquillage et oursins. Attention à sa mâchoire très puissante!

En direction et au retour du site de plongée nous serons toujours accompagné de ces majestueuses baleines


Bon appétit !

Pendant des siècles, les Islandais ont dû faire fumer, fermenter ou sécher leur nourriture pour la préserver afin de traverser les hivers rigoureux.

Alors que quelques plats traditionnels islandais sont un délice, couramment consommés par les habitants et les touristes (morue, agneau fumé, soupes, fruits de mer, etc.), il va falloir faire preuve de courage pour savourer certaines spécialités locales! En voici quelques exemples :

  • Hrútspungar (testicules de bélier): L'Islande était un pays très pauvre, les paysans utilisaient tout ce qu'ils pouvaient manger dans l’animal, incluant les testicules de bélier, qui sont bouilli puis conservées dans une sorte de vinaigre.

  • Svið (tête de mouton entière): Très répugnante, la tête est servie entière, tout sera consommé à l’exception du cerveau. Certains raffolent même des yeux !

  • Hákarl (requin du Groenland fermenté): La façon traditionnelle de préparer ce requin est encore une fois très surprenant. Il est d’abord déposé entier dans une boite puis enterré pour 4 à 6 mois. Il est ensuite sorti, découpé, puis mis à sécher à l’air marin pendant 6 mois. Tout ce processus permet de se débarrasser des composants toxiques et de l’urée contenue dans la chair qui le rend inconsommable à sa sortie de l’eau. Même les palets les moins sensibles, et les globetrotteurs ayant gouté à toutes sortes de mets exotiques qualifieront cette nourriture de la pire chose à manger. Le résultat ? Une odeur d’ammoniac digne des produits de ménage les plus récurant et un gout de munster oublié au fond d’un tiroir pendant une décennie! La dégustation d’un échantillon sera un bon prétexte pour se rincer la bouche avec un verre de Brennivín, une vodka locale surnommée Black Death.

  • L’Islande fait partie des derniers pays à chasser la baleine. Même si l’unique espèce prélevée n’est pas classée en danger, boycotter les restaurants qui proposent ce mammifère réduira considérablement la demande, et donc sa pêche !


Infos pratiques :

  • S’y rendre : Deux compagnies se partagent le marché IcelandAir et Wow, les services sont similaires, le coût entre 200 et 550€ selon la période.

  • Décalage horaire : 2h en été, 1h en hiver.

  • Langue : Principalement l’Islandais, l’anglais est parlé couramment.

  • Hébergement : Les couts sont très élevés, il est recommandé d’emmener au moins un sac de couchage, pouvant être utilisé un peu partout (auberges de jeunesse, guesthouses, « fermes » et même certains hôtels) à la place des draps, et bénéficier ainsi de tarifs moins élevés (de -20 à - 30 %), demander le « sleeping-bag accomodation ». Le meilleur moyen d’économiser sur son budget reste le camping. Certains sont très bien aménagés et le camping sauvage est autorisé sur la majorité de l’île.

  • Nourriture : Il est possible de très bien manger dans certains restos islandais, à condition d’y mettre le prix. Pour limiter les dépenses, il faudra souvent préférer la restauration rapide ou faire vos courses au supermarché pour ensuite cuisiner dans les auberges et campings.

  • Climat : Contrairement aux idées reçues, il ne fait jamais très froid en Islande : la température moyenne en été est de 13°C, avec parfois des pointes à 20 °C. En hiver la température moyenne à Reykjavík en janvier est de 0,5°C. Le pire ennemi est surtout l’humidité ! Prévoir donc des vêtements techniques imperméables, respirant, et séchant rapidement.

  • Quand partir? À moins de vouloir visiter l'île sous la neige et admirer les aurores boréales, il est conseillé de s'y rendre entre juin et septembre.

  • Transport : Les réseaux de bus étant très limités en dehors de la capitale, il est fortement recommandé de louer une automobile, le budget pouvant être encore une fois très élevé, une réservation longtemps à l’avance est conseillée.

  • Réseau routier : La route circulaire 1 « ring road », d’environ 1350km, celle que vous utiliserez le plus si vous faites le tour de l’île, est presque entièrement asphaltée et globalement très bonne. Le pays compte encore des milliers de kilomètres de piste, en plus ou moins bon état. Certaines d’entre elles sont parfaitement praticables en véhicule standard. D’autres sont beaucoup plus difficiles, jonchées de gros cailloux, voire entrecoupées de gués. Leur état change beaucoup selon la météo et la fréquentation, d’où l’importance de se renseigner avant de s’y engager.

  • Plongée : La maitrise du dry suit est primordiale (température de l’eau entre 2 et 5°C). La principale structure offrant d’excellents services à Reykiavik est Dive.is (www.dive.is). Dans le nord la seule structure est Strytan Divecenter (www.strystan.is). Les tarifs peuvent sembler très élevés mais l’expérience vaut vraiment le coup. A noter que le transport et le matériel sont toujours inclus. 330€ pour une excursion de 5 à 6h, incluant deux plongées dans les failles (130€ en snorkeling). Environ le même prix pour une journée plongée dans l’océan.


Paysage tourmenté au nord de l’Islande, le lac Myvatn offre un décor de commencement du monde, où les marmites de boue bouillonnent, les roches sifflent, les solfatares éructent des bulles de gaz et exhalent un arôme de sulfure d’hydrogène, relent nauséabond irritant les narines des plus sensibles.

Sous sa coiffe de tourbe et d’herbe qui l’isole des climats les plus hostiles, cette église, comme beaucoup d’autres, se fond littéralement dans son élément.

Dans une grande diversité de parures, les moutons et les petits chevaux islandais, sont les maitres des lieux. Plus nombreux que la population humaine de 330,000 habitants, ils sont libres de gambader dans cet immense espace verdoyant.

Votre route croisera de nombreux petits hameaux isolés, souvent composés de quelques maisons et d’une église de tourbe, plantés sur des terrains arables, au pied d’une cascade ou d’une muraille de basalte.

Les icebergs de Jökulsárlón et Diamond beach au sud vous laisseront sans voix.

Renardeaux polaires. La nature ne s’est pas contentée de doter l’Islande de paysages à couper le souffle. Attendez-vous à croiser un bon nombre d’animaux : chevaux, renards polaires, moutons, rennes, phoques, macareux ou encore baleines. Il arrive même qu’un ours polaire en provenance du Groenland dérive jusqu’ici sur un morceau de banquise !

Retrouvez plus de photos dans cet ALBUM

Copyright © 2020 Mathieu Blanchard

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