• Mathieu Blanchard

Progression : L'écart ou le gain ? Changer de perception… CCC 2019 (UTMB)

Mis à jour : 4 sept. 2019


Quelques secondes avant le départ... Le futur champion Luis Alberto a déjà le regard du battant. © UTMB

Que ce soit dans les domaines social, économique, religieux ou technologique, l’humanité dans son ensemble a fait de grands progrès. Naturellement, le sport n’est pas à l’abri de cette quête de progression en vue de l’amélioration de l’individu.


Assis sur un rocher de la rivière émeraude Fango en Corse, c’est un repos salvateur pour ce corps très fatigué post course ultra-trail CCC (UTMB). Un moment agréable pour repenser à cette épreuve et aux questions qui m’ont été posées, particulièrement celles liées à ma progression…


9h00, Courmayeur (Italie), le départ est donné. © UTMB

Avec cette fraîche entorse de cheville, je n’étais vraiment pas en confiance sur la ligne de départ. Entouré de tous ces grands champions, je suis très satisfait de la gestion réalisée et des stratégies choisies.


Le grand Col Ferret approche. © David Gonthier

Un top 10 qui symbolise beaucoup pour moi, il symbolise progression. En tant qu'êtres humains, nous nous efforçons d'atteindre des objectifs. Nous obtenons un bon petit coup de dopamine, l'hormone du bonheur, quand nous réalisons quelque chose.


Avons-nous vraiment besoin de toujours progresser ? Sommes-nous plus heureux lorsque nous nous améliorons ? Jusqu’où cette quête de progression peut/doit aller ? Mais surtout comment mesurer progression ?


Après 11h42 d'effort, 100km et 6500m de D+, le bonheur de retrouver les proches

Nous pouvons nous poser la question pour de nombreuses sphères de vie. Je cogite aujourd’hui pour celles du sport, et plus particulièrement pour celle de la performance. Lorsque nous courrons sur route, il est facile de voir la progression performance dès lors qu’elle se ramène seulement au chrono. Elle est beaucoup plus intangible dans la course en sentier, puisque trop de paramètres entrent en jeux (parcours variés, distances, dénivelés, technicités, températures, altitudes, météos, matériels, gestions nutrition…).


Je tapote sur mon smart phone et découvre que sur le même parcours et avec des conditions similaires, le champion Zach Miller remportait cette course en 11h53 et l’année suivante Michel Lanne en 12h10. Je termine cette année en 10ème position avec un temps de 11h42, le niveau de compétition était donc redoutable !

Je scroll un peu plus loin et observe que mes temps de diverses sections sur lesquelles j’étais passé l’année précédente sont tous beaucoup plus vite. Je présume donc progression par rapport à hier. Je me remémore aussi que j’étais beaucoup plus confortable face à l’altitude et au dénivelé comparé à hier. Ce n’est pas anodin, puisque ces simples pensées viennent de me donner un nouvel élan de motivation pour me mobiliser à nouveau, malgré les douleurs de course encore bien présente en moi.


Un petit plat, une grande relance. © Carole Pipolo

Dans mon expérience de sportif et de vie plus généralement, je constate que lorsque je ne faisais pas de progrès, je sentais gaspiller mon énergie, et la vie pouvait devenir un cycle frustrant de stagnation. L'une des raisons pour lesquelles j'arrêtais de me fixer des objectifs et cessais de progresser dans la vie était la conviction que je devais accepter ce que je suis et ne pas chercher constamment à m'améliorer. L'erreur que nous commettons avec ceci est que, bien que l'acceptation de soi soit impérative, elle devrait en réalité être utilisée comme base de la croissance. Lorsque nous ne grandissons pas, n’apprenons pas et ne cherchons pas à améliorer notre vie, nous commençons à justifier la médiocrité et avons tendance à stagner, à accepter ce qui est et à cesser de croire que nous pouvons être meilleurs.


En prenant cette nouvelle référence, je viens de changer de perception face au sentiment de progression.


Le problème de se retrouver insatisfait de ne pas frapper dans le mille de l’objectif, c’est que l’objectif change toujours et que nous nous adaptons en permanence, que nous en prenions conscience ou non. Ce qui se passe donc, c’est que nous finissons par avoir l’impression de ne jamais atteindre nos objectifs. Et c'est là que réside l'une des principales idées fausses et raisons d'échec, d'insatisfaction et de tristesse.

Nous mesurons souvent notre progrès par rapport au But, plutôt que d’Où nous venons. L’écart plutôt que le gain.

Nous mesurons en fonction de l’écart (le but que nous ne pensons jamais atteindre) plutôt que du gain (d’où nous venons).

En mesurant d’où nous venons et non pas où nous essayons d’aller, nous voyons des résultats !


C’est un changement de perception simple, mais profond. Ce que j’adore, c’est le pouvoir dont on dispose en changeant de perception pour passer instantanément à la vitesse supérieure, pour avoir un impact positif sur notre sentiment de progression et notre motivation.


La vallée Val Ferret en Italie. © Martina Valmassoi


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